Chapitre 10 sur 10

La Fille de la mer

≈ 4 min

Combien de temps s’est écoulé ? Alan n’en a aucune idée. Lorsqu’il ouvre les yeux, il sent le soleil brûler son corps, mais ses yeux ne sont pas éblouis. Un visage est contre le sien, retirant lentement ses lèvres des siennes.

Un regard cristallin pénètre son âme et lui insuffle un souffle de vie. Milena est devant lui. Un large sourire illumine son visage radieux. Alan verse des larmes de joie. Malgré son corps tout endolori, il profite du bruit des vagues, du souffle du vent marin et de cette vision de bonheur qu’est le visage de celle qu’il aime.

– Tout est fini, mon amour, murmure la sirène de sa voix mélodieuse.

– Où sommes-nous ?

– Quelque part, nulle part et partout.

Il se redresse doucement, mais la créature le retient.

– Vas-y doucement. Tu mettras du temps à t’y habituer.

– À m’habituer à… quoi ?

Ses yeux examinent les alentours, mais c’est la vision de ses jambes qui l’interpelle aussitôt. Il n’en a plus. À la place, une longue queue de poisson frétille sur le sable d’une plage à l’eau turquoise. Il aurait volontiers crié, mais il se retient. Passé la peur physique, son esprit s’apaise aussitôt. Il a compris : la mer a accordé son vœu le plus cher.

Ses yeux effectuent un tour rapide : il est sur un banc de sable perdu au milieu de nulle part. Il n’y a rien à l’horizon. Et pourtant, ses sens semblent lui indiquer des milliers de vibrations à travers toute l’étendue d’eau autour de lui.

– Tu les sens ? dit Milena.

– Quoi donc ?

– Les poissons, les baleines, même le corail. Nous ressentons toute la vie dans les océans. La Mer nous parle et nous la chantons chaque jour, chaque nuit, jusqu’à la fin des temps.

Alan reste muet et émerveillé par cette nouvelle perception du monde qui l’entoure. Il remarque à quel point toutes les couleurs sont vives. Terriblement vivantes. Tout ce qu’il voit est telle une toile géante. Il bascule sa tête en arrière pour regarder le ciel et ferme les yeux, se laissant envahir par l’instant présent.

– J’espère que tu ne regretteras rien de la terre ni de ta mortalité. L’immortalité est un cadeau empoisonné…

Il tourne la tête vers Milena et l’embrasse tendrement, avant de fixer devant lui l’infini qui lui ouvre les bras. Il entame un poème en chantonnant.

Solitude et éternité,
Dans ton âme l’obscurité,
Prie le Temps de vivre à ses heures,
Et tu connaîtras l’être aimé.

Laisse-toi guider par le bonheur,
Jusqu’à ce que le glas ait sonné,
Sans amertume ni rancœur,
Vers l’infini, laisse-toi porter.

Quand tu rejoindras l’Unité,
Couvert de ton linceul mortel,
Accepte l’immortalité,
Car plus jamais tu ne seras seul.

FIN.

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