Alan voit disparaître Milena dans les eaux et son absence lui serre le cœur. Il se lève et rassemble ses affaires. De lui-même, il sort de la grotte, comme pour interdire l’accès à ce lieu sacré, son jardin secret.
Quatre hommes avancent au loin. Erik mène la marche. Alan peut sentir, même dans le vent, sa colère arriver. Trois amis pêcheurs de son père l’accompagnent.
– ALAN !
Le cri de son père installe la peur dans chaque cellule du corps du fils. Il arrive bientôt devant l’orée de la grotte. Erik tire violemment le jeune homme par le bras, encore plus fort que la dernière fois, grondant et beuglant bruyamment comme un chien enragé.
– Toi ! Tu t’es moqué de moi ! Crois-moi, toutes tes petites escapades, c’est terminé, pour de bon !
Les hommes qui l’accompagnent jugent Alan d’un regard sévère. Il ne bronche pas. Le père pointe de sa main libre l’entrée de la grotte à l’un de ses comparses.
– Étienne, fais-moi sauter l’entrée, que l’on condamne cette saloperie de grotte !
Tiré d’une main vigoureuse, Alan laisse couler les larmes sur son visage lorsqu’il entend au loin une grande détonation. Il marche silencieusement, sous les injures de son père, le bras douloureux.
Arrivé à la maison, son père le mène dans sa chambre et l’y jette, claquant la porte derrière lui dans un grand fracas qui fait trembler les murs. Une clé verrouille la porte et l’homme en proie à une colère noire énonce clairement sa punition.
– Tu vas rester enfermé dans ta chambre jusqu’au mariage ! Et tu as intérêt à te tenir à carreau !
Alan se glisse sans un mot dans son lit, séchant ses larmes. Son cœur est lourd et seule la vision du visage de Milena qui apparaît dans son esprit lui donne du baume au cœur. Elle lui manque déjà terriblement.
Sa seule consolation est une vue directe sur le front de mer. Au loin, dans les vagues, il imagine Milena nager, libre. Il aurait tout donné pour parcourir les océans avec elle, loin de cette vie qu’il ne veut pas.
Alors que cette seule lueur d’espoir retient son esprit de sombrer, le bruit d’une échelle le sort de ses pensées. Son père apparaît devant la fenêtre, puis dresse une lourde planche de bois pour cacher la vue. Le bruit du marteau et des clous s’enfonçant dans sa liberté perdue le fait pleurer de nouveau.
Il sombre des heures plus tard dans un sommeil sans rêves, perdant presque la notion du temps qui passe. Le supplice s’éternise plusieurs jours, jusqu’à ce que son père entre brusquement dans la chambre avec un costume. Il le jette sur le lit, puis avertit d’une voix glaciale :
– Tu te maries cet après-midi. Si tu me fais un coup de travers, je t’enferme ici pour de bon, c’est clair ?
Puis la porte claque de nouveau.
Alan n’a plus le choix et se prépare d’un air sombre pour « le plus beau jour de sa vie ».
